D’où provient la richesse des assurances ?

La réponse à la question de la richesse des assurances semble assez évidente. En effet, la seule source de revenu est la cotisation ou la prime des assurées. On serait donc tenter de dire que ce sont les assurés qui sont à l’origine de la richesse des assurances. Etant donné que l’assurance est obligatoire on peut même affirmer que ce sont tout simplement les citoyens dans l’ensemble qui sont le moteur financier de nos assureurs.

Mais il faut pousser l’analyse un peu plus en profondeur pour se faire une idée plus précise et essayer de bien comprendre le fonctionnement de l’assurance.

La politique de prudence des assurances

Votre assureur vous assure contre les risques que vous pouvez rencontrer dans votre vie. On pourrait croire que l’assurance est donc une espèce de guerrier qui n’a peur de rien et qui affronte tous les risques sans se poser de question. La vérité c’est que l’assurance n’aime pas le risque et qu’elle essaye le plus possible de ne pas en prendre.

L’assurance est avant tout là pour rembourser les sinistres et ses conséquences causés ou subis par les assurés. Il faut donc qu’elle se constitue une réserve d’argent pour pouvoir venir en aide à ses assurés en les indemnisant quand c’est nécessaire. Elle doit donc élaborer un savant calcul et estimer le montant des provisions nécessaires pour pouvoir accomplir sa tâche première. Mais quand un accident survient, l’assurance à le temps de voir venir car les remboursements ne s’effectuent pas de jour au lendemain.

Les provisions pour sinistres

Quand un sinistre survient, l’assurance cherche à en établir le montant le plus précis possible et pas seulement à court terme car il faut regarder aussi sur le long terme.

Certes dans un simple cas de vol de voiture, il n’y a pas à chercher la petite bête au niveau du calcul de l’indemnisation. Après avoir prouvé que votre véhicule a été volé, si vous êtes assuré tous risques, l’assurance devra vous rembourser le montant de votre voiture. En général, l’assuré et l’assureur tombe d’accord sur le montant du remboursement qui est fixé sur le prix Argus. Bon d’accord, ça ne se passe pas toujours pas si bien et il peut arriver que les estimations diffèrent d’un camp à l’autre. Pour autant votre assurance vous remboursera par exemple 15 000 euros et puis l’affaire sera réglée. C’est ce que l’on peut appeler un remboursement à court terme.

Malheureusement ce n’est pas toujours aussi simple et l’assurance doit parfois prévoir un remboursement sur le long terme notamment dans le cas des accidents avec des dommages corporels. Prenons le cas d’un motard qui se fait rembourser par une voiture. Son assureur n’aura pas de mal à estimer le prix de sa moto et à lui rembourser assez rapidement. Mais si ce motard se retrouve avec les deux jambes fracturées il va aussi falloir régler les frais médicaux. Il peut s’avérer par la suite que le motard ne puisse plus marcher normalement avant une longue rééducation médicale.

Dans ce contexte l’assurance, doit établir une estimation précise du remboursement et de tous les remboursements. Pas seulement le remboursement de la moto mais aussi les éventuels soins médicaux à venir.

L’assurance se constitue alors une provision d’argent qui prévoit le montant maximum du remboursement d’un accident, ce qui veut dire que dans le pire des cas l’assurance aura de quoi rembourser son assuré grâce à cette provision. L’argent de la provision provient tout simplement du montant des cotisations des assurés de la même année.

Le remboursement au motard sera long car il y a aussi des dommages corporels. Dans un premier temps, l’assurance devra rembourser la moto de l’assuré, puis des dédommagements pour finalement rembourser la sécurité sociale pour les traitements médicaux. Ce remboursement peut s’étaler sur de nombreuses années et si notre motard doit faire de la rééducation pendant une dizaine d’année, alors il faudra que le remboursement s'étale lui aussi dans le temps.

Il faut savoir que les sommes d’argent qui sont bloquées dans les provisions pour sinistre peuvent représenter une grosse partie du chiffre d’affaire d’une société d’assurance. Tous les ans une société d’assurance se constitue ce genre de provision et elle sera donc capable de faire face à ses engagements de remboursement dans toutes les situations. Ceci n’explique sans doute pas tout sur la richesse d’une assurance mais cela peut déjà expliquer comment une assurance procède pour ne pas être dans le rouge, ce qui nous met sur la bonne voie.

C’est la législation française qui impose aux sociétés d’assurance un tel système. Il faut veiller aux conditions de placement de ces provisions pour que les assurances puissent les utiliser au moment où l’assuré en aura besoin. En fait, il faut inciter les assurances à la prudence pour qu’elles se constituent des provisions suffisantes et ainsi permettre un bon fonctionnement. D’un autre coté si une société d’assurance exagère le montant de ses provisions elle fera vite des bénéfices importants que l’Etat ne manquera pas de venir lui taxer grâce à l’impôt sur les bénéfices.

Les provisions de l’assurance vie

Ces provisions ne sont pas vraiment un détail dans le fonctionnement des assurances et c’est sans aucun doute une des grandes sources de revenu des assurances. Ceci est encore plus vrai en ce qui concerne l’assurance dommage et de plus en plus l’assurance vie.

L’assurance vie est en pleine expansion en France comme dans toute l’Europe. Là encore il faut prévoir des provisions mais à la différence de l’assurance dommage le calcul est beaucoup plus précis. Difficile dans le cadre d’un accident de prévoir le montant total des remboursements sur le long terme. Cependant, il est plus facile de se faire une estimation assez précise des montants à éventuellement débourser pour une assurance vie.

L’assureur se base sur des statistiques notamment sur l’espérance de vie et les tables de mortalité. Il s’agit ici presque d’un calcul mathématique alors que pour l’assurance dommage c’est plus une estimation hasardeuse.

Un assuré qui contracte une assurance vie devra payer une cotisation. L’assureur pourra facilement fixer le montant de sa prime d’assurance sans se tromper. La raison est que dans un contrat d’assurance vie, il n’y a pas vriment de place pour le hasard. Les termes sont précis. L’assuré souscrit un contrat qui stipule que si au bout de 20 ans il est toujours en vie, il pourra bénéficier de telle somme d’argent. En cas de décès, l’assurance s’engage à verser le montant des cotisations de son assuré à la personne qu’il aura désigné. L’assureur connait le risque que la personne décède selon son âge et il connait aussi le taux d’intérêt minimum que peut lui rapporter s’il place les cotisations de son assuré.

Une fois que l’assureur a calculé le montant de la prime d’assurance, il pourra constituer une provision dite « mathématique » et placer cette somme sur les marchés financiers. A échéance du contrat l’assureur pourra facilement honorer sa promesse car il aura fait fructifier l’argent de son assuré. Si le contrat n’arrive pas à terme, en cas de décès, l’assureur reversera le montant des primes encaissées à la personne que son assuré a désigné. Et encore une fois il s’en sortira gagnant d’un point de vu financier. Dans le monde de l’assurance vie les provisions mathématiques peuvent représenter jusqu’à 10 fois le chiffre d’affaire des sociétés d’assurances.

En France, le montant des provisions des assurances explosent le budget de l’Etat

L’ensemble des provisions des assureurs français représente une somme colossale. Rien que pour les assurances dommages et les assurances vies, qui sont les plus gros en matière de provision, on atteint une somme avoisinant les 1300 milliards d’euros.

Certes cette somme n’est pas vraiment dans la poche des assureurs puisque les provisions sont des sommes censées être mises de coté pour rembourser les assurés. Dans tous les cas 1300 milliards d’euros ce n’est pas une petite somme. A titre d’exemple, le budget de l’Etat français est quasiment cinq fois inférieur à cette somme. 1300 milliards d’euros suffirait pour rembourser la dette publique de la France. Au passage on note que cette dette publique est assez conséquente et on serait presque tenter de régler la note avec l’argent des assurances. Mais ce n’est pas possible car cet argent est destiné à rembourser les assurés français et s’il n’y a plus d’argent dans les provisions, ce sont des millions d’assurés qui vont se retrouver dans une situation difficile.

Une telle somme d’argent impose un contrôle pour ne pas que les assureurs fassent ce qu’ils veulent. Ce contrôle est organisé par l’Etat qui, même dans notre société libérale, est obligé de mettre son nez dans les affaires de l’économie pour ne pas voir des dérives qui peuvent se révéler catastrophiques. Ainsi en France, comme dans toute l’Europe, les assurances ne peuvent pas faire ce qu’elles veulent. Il faut un équilibre dans les placements et que les assureurs diversifient leurs placements. Pas question de mettre 1300 milliards dans un unique placement si celui-ci s’avère mauvais même l’Etat n’aura pas de quoi rembourser une telle somme. Ce genre de situation s’est déjà produit dans le passé et pas question que cela se reproduise à nouveau. L’Etat veille donc à ce que les assurances limitent les risques dans les placements financiers pour ne pas se retrouver dans une situation de faillite.

Conclusion:

Au final, la richesse des assurances provient bien entendu de l’argent collecté auprès de ses assurés. Mais il convient de préciser que c’est dans le cadre des provisions d’assurances que la plus grosse masse d’argent s’engouffre dans le gigantesque estomac des assureurs. Pour autant, cet argent n’appartient pas vraiment aux assureurs puisque les provisions sont destinées à rembourser les assurés. L’assurance fera surtout du profit en plaçant et faisant fructifier du mieux possible cet argent (Le placement des assurances). L’idéal est de ne pas prendre trop de risque mais en matière de placement le risque zéro n’existe pas même si l’Etat est là pour réglementer ce risque et ainsi permettre au maximum aux assureurs et aux assurés de ne pas tout perdre.

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